samedi, novembre 9 2019

Parlez-vous Essen ? (Essen 2019 vu par Cécile)

Je me retourne pour vérifier si tout est bon : la table est débarrassée des sacs et papiers d’emballage, la valise est rangée à sa place dans la buanderie, les jeux ont trouvé une place temporaire sur une étagère du dressing, les vêtements sont triés, il ne reste plus qu’à les ranger ou les laver. Le petit appartement silencieux et le téléphone devenu muet le confirment : Essen est terminé. Un coup d’œil à la fenêtre, le temps a décidé de se mettre au diapason en ne nous offrant que sa pluie et ses plus tristes teintes de gris. Même la play-liste aléatoire Deezer ne propose que des titres de jazz ou de blues mélancoliques : Essen est terminé.
Alors pour contrer le spleen qui s’installe, un câlin au chat, une douche bien chaude, une veste douillette, un pichet de thé, un bon fauteuil, un plaid et l’ordinateur : Essen est terminé, oui, mais maintenant je peux le raconter.
Je reprends les petites notes enregistrées sur le téléphone pendant le séjour, je commence par organiser les idées avant de taper les premières lignes, j’efface, je recommence, je mets d’abord les grandes idées, je travaille sur la chronologie, j’efface, je recommence…. Ce que j’écris m’ennuie. Après tout, personne n’a dit qu’il fallait faire un récit linéaire, ordonné, exhaustif, chronologique, de ce qu’il s’est passé.  Je reprends les notes sur le téléphone, mais cette fois je ne les réorganise pas, au contraire, je les désorganise, j’attribue à chacune un numéro de chapitre au hasard et un titre et je laisse mes idées, mes impressions, mes sentiments, mes émotions, mes souvenirs et mes doigts faire le reste. Je n’essaierai pas, ici, de faire un compte-rendu documentaire ; je vous invite plutôt à un petit voyage au centre de la terre des jeux et à un petit tour de ce qu’à été mon monde pendant 5 jours.

Messen Essen - Spiel, nov. 2019

Chapitre 1 – Je vous parle d’un temps….

Je me souviens de mes premières semaines chez les Ludochons. Arrivée fin septembre, dès le 2ème jeudi je n’entendais parler que de ça, il était sur toutes les lèvres, dans toutes les conversations : « Plus que 3 semaines !! Tu y vas toi ? Oui j’y vais mais il ne pourra pas venir avec nous cette année c’est tellement dommage ». Et je voyais ces hommes et ces femmes, dont je n’avais pas encore retenu tous les prénoms, se sourire avec complicité comme s’ils souriaient d’une blague qu’eux seuls pouvaient comprendre. Je les écoutais avec curiosité, je me souviens même avoir essayé de capter quelques échanges, quelques informations pour pouvoir moi aussi comprendre la blague. Quelques semaines plus tard, les « Tu y vas toi ? » étaient remplacés par des « Alors, c’était comment ? » et les sourires étaient désormais accompagnés de boîtes de jeux de toutes les tailles, toutes les couleurs et de plus de thèmes que je ne pouvais alors imaginer. C’est à ce moment qu’une bonne âme m’a expliqué et m’a dit « Essen ! ». Deux passions réunies en un seul évènement, un salon du JEU en ALLEMAGNE ! Je voulais y aller ! Je DEVAIS y aller ! Comme je n’osais me manifester, un boutiquier d’Aix-les-Bains est intervenu en ma faveur et à parler pour moi aux piliers de l’organisation « Spiel Essen » qui m’ont rapidement accueillie dans leur groupe avec bienveillance et générosité. Parlant allemand je ne m’inquiétais pas plus que cela, j’étais sereine. Je ne savais pas alors ce qu’Essen impliquait ni que j’allais devoir, pour vivre cette expérience, apprendre une nouvelle langue, un nouveau langage.

Chapitre 2 – Gaston, y’a l’téléphon…


Il est important ici de préciser qu’une fois les portes du salon ouvertes le premier jour, c’est la jungle, la loi du plus rapide, la sélection naturelle pure. Donc soit tu t’adaptes soit ….. Les Ludochons, eux, sont une race très évoluée de chasseurs ludiques qui a su s’adapter et s’approprier la célèbre technique du « diviser pour mieux régner ». On fait des petits groupes, chaque groupe se dirige vers le hall et le stand qui l’intéresse, teste un jeu, puis se divise pour former d’autres groupes plus petits, en fonction des envies et destinations de chacun, et une fois qu’un maximum de terrain est couvert par notre petite tribu, c’est la guerre de position qui commence. Mais, comme dans toute bataille, il faut un moyen et un mode de communication qui permette de rallier rapidement un ou plusieurs autres membres lorsqu’un bastion est gagné ou qu’un renfort est nécessaire. C’est à ces moments critiques que la poche se met à vibrée et qu’on peut lire sur le groupe de discussion WhatsApp « Ludochons à Essen 2019 » les messages codés suivant : « « Blitzkrieg 5E112 » « Oriflamme Studio H 3K113 » « 2 places sur Mystery House stand 4A117 » ou encore « J’ai 2 tables Prêt-à-Porter et Empires of North 3O118 ». C’est ainsi que, grâce à l’utilisation efficace et rodée de ces petits appareils appelés par certains voisins francophones GSM, des groupes moins bien organisés se sont vu refuser des tables alors que les Ludochons, certes un peu plus essoufflés que les autres d’avoir dû traversé la moitié du salon, pouvaient accéder à quelques tables très recherchées. Le seul détail c’est qu’il faut avoir constamment son téléphone dans la main ou la poche, la batterie gonflée à bloc et le vibreur en mode « ultra-fort » car il fonctionne non-stop de 8h à 20h (du coup c’est peut-être mieux de le garder dans la main que dans la poche même si chacun l’utilise bien comme il le veut).

Il faut également préciser qu’un groupe de 12 c’est compliqué à manager : « Moi je veux voir ça et ça. », « Oui mais y’a ça là-bas qui a l’air trop bien ! », « J’ai faim ! », « Vous faites ce que vous voulez mais moi je veux tester ça ! », « Les toilettes c’est où ? », « J’ai faim ! ». Alors pour que chacun y trouve son compte, c’est plus simple de se séparer en petits groupes de 4-3-2 ou même 1. Oui-oui, un groupe de 1 c’est quand même un groupe au sein duquel les décisions sont unilatérales et votées à l’unanimité, ce qui évite parfois les longues discussions et les tergiversations et qui peut s’avérer super pratique pour s’incruster sur des tables déjà presque complètes. Ces groupes de 1 ne sont cependant pas toujours voulus tellement il est facile de s’arrêter 5 secondes sur un stand, de se retourner et de ne plus trouver les 2 personnes qui nous accompagnaient. Et bizarrement, ce sont souvent ceux qui n’ont pas de connexion internet qu’on perd les premiers. Aussi, comme on ne peut passer des messages au haut-parleur comme « les Ludochons attendent leur professeur de physique entre le hall 1 et le hall 3 », les Ludochons ont-ils créé « le meeting point » à heure et emplacement fixes et connus de tous. Avons-nous déjà dit que les Ludochons sont une race très évoluée ?

Organisation, nov. 2019

Chapitre 3 – La liste de mes envies

«- T’as fait ta liste ?
- Oui je l’ai d’ailleurs imprimée, pour l’avoir sur moi et la consulter facilement. Et toi ?
- J’ai commencé à regarder sur Event Badger oui, regarde j’ai quelques stands déjà à aller voir.
- Ha ouais quand même, y’en a un paquet !!
- Ouais mais y’en a je sais déjà que je les verrai pas mais bon au cas où.
- Moi j’ai pas vraiment fait de liste mais j’ai écouté pas mal de podcast et j’ai zieuté quelques vidéos. Du coup j’ai déjà fait des pré-commandes, il faut que j’aille les récupérer jeudi matin.
- Une liste ? Comment vous faites ça vous, une liste de ce que vous ne connaissez pas  J’ai pas de liste moi ! Comment je vais faire du coup sans liste ? Il me faut une liste aussi ? Je ne sais pas ce que je mets sur ma liste moi ?? Et puis je ne peux pas savoir juste avec une description si un jeu va me plaire ! Je suis pas du tout organisée !!! »

Vous l’aurez compris, chacun fait sa liste à sa façon et les adeptes des listes fonctionnent chacun à leur manière. On a l’adepte organisé, carré et efficace : la liste est rangée par hall, par stand, par éditeur dans l’ordre alphabétique et par temps de jeu, les lignes sont rayées au fur et à mesure que les jeux sont vus, et le petit-déjeuner à l’hôtel est l’occasion de préparer le plan d’attaque de la journée. Il y a l’adepte consciencieux : la liste n’est pas forcément longue, mais elle est remplie avec soin et mise à jour après chaque stand avec le prix et un petit commentaire. Il y a aussi l’adepte « disque-dur-1-Téra-sur-2-jambes » : tout est dans la tête, pas besoin de papier, le hall et les stands sont scannés à chaque passage, les prix enregistrés, les bons plans repérés et les bonnes affaires mémorisées. On a ensuite l’adepte « tête-en-l’air » : la liste dans la main, puis la liste dans le sac, puis la liste dans l’autre main, puis on ne retrouve plus la liste qui est restée sur une table de jeu un hall plus loin. Il y a encore l’adepte « juste-comme-ça » : la liste n’est là qu’en petit pense-bête, un petit « reminder » de ce qui pourrait intéresser au cas où on ne saurait plus trop ce qu’on voulait voir.

Et puis il y a la jeune recrue, paniquée de ne pas avoir de liste, déconcertée par l’abondance de listes, perdue par le nombre de jeux à trier et à sélectionner et qui n’arrête pas de se répéter « holàlà, j’avais pas compris, j’ai pas fait ça moi! », telle une lycéenne dans le bus du matin discutant avec des camarades du devoir à rendre à 8h.

Chapitre 3 bis – La société de consommation….au jeu comme en amour.

Alors, comme toute bonne élève qui se respecte, elle essaie tant bien que mal de se faire une liste au dernier moment ; elle met à profit le temps de route du matin pour découvrir le « Tinder » du jeu, cette formidable application Event Badger qui permet, avec la même subjectivité et superficialité que l’application originale, de sélectionner ou écarter les jeux présents sur le « marché du salon » : gauche tu jettes « toi t’es moche, toi t’es moche, toi j’aime pas ton graphisme, arghh heu non surtout pas », droites tu pokes « toi, ok, toi pourquoi pas, toi hooo oui, toi, mmh mouais entre 2 jeux ça peut l’faire, hou toi j’te veux !» Devant la fatuité de cet exercice et le manque de réels critères de sélection, notre jeune padawan, pleine de bonnes intentions, referme l’appli en se disant « Je ferai sans liste pour cette fois! L’apli servira au moins à trouver les stands plus rapidement » Après tout, on dit bien « Don’t juge a book by its cover … or by its movie » alors ne jugeons pas un jeu à sa boîte et laissons leur à tous une chance de s’exprimer par eux-mêmes. Cependant, malgré tous ses bons principes, la petite bleue des Ludochons doit se rendre à l’évidence : elle aussi a été contaminée par la société de consommation et la prédominance de l’apparence sur le contenu. Sans s’en apercevoir, elle se dirige mécaniquement vers certains jeux, laissant de côté d’autre moins colorés ou au thème moins parlant. Les dés prennent l’avantage, si les dés sont colorés alors c’est le doublet gagnant, ajoutez de beaux dessins et c’est le jackpot, on ne réfléchit plus, on ne se pose plus de question, « il est trop beau ce jeu » remplace « il est trop bien ce jeu » pourtant plus pertinent. Elle est heureusement sauvée par une petite voix dans sa tête (oui, elle n’est pas seule la haut ;) ) « Tu n’es pas comme ça toi !! Assieds-toi, fais un essai et après tu verras !! » Et on s’aperçoit alors que les plus beaux ne sont pas toujours les plus intéressants, et que le petit aux couleurs ternes et caché en bout de table par le gros bariolé nous correspond finalement mieux. Après tout, tous les goûts sont dans la nature. Alors, oui, c’est vrai, certains ne comprendront pas « Quoi ? T’as pris ça ? Mais pourquoi ? Il est même pas beau en plus ? La mécanique n’est pas des plus intéressantes !.... » « -Oui, peut-être ! Mais moi je l’aime bien! »

Le contenu des chapitres n’engage que la rédactrice et n’est en rien une opinion générale et partagée de tous. Je précise ici que l’application Event Badger est très utile pour ceux qui connaissent déjà bien les jeux, qui sont capables, rapidement, de se faire une idée du thème ou du type de jeu. Le trait est forci et les faits quelques peu biaisés par le manque d’expérience de l’auteure dans l’utilisation de l’appli (oui, elle parle d’elle à la 3ème personne !) mais le ressenti est vrai.

Chapitre 4 – « Entschuldigung, französisch »* et la victoire du GPS sur l’humain

(*trad : « pardon, français »)

Haaaa, ce GPS !! Cette formidable invention qui nous parle toujours d’une voix …..pas vraiment sympa, jamais drôle, qui prend même souvent la tête avec ses « Faites demi-tour dès que possible ! Faites demi-tour dès que possible ! ». Où est passé le bon vieux temps des disputes à coup de « - Mais je t’avais dit de sortir là, maintenant on va devoir faire un détour de 50 km sur l’autoroute et j’ai faim !!! – Maman j’ai envie de faire pipi ! – Ha tu vas pas t’y mettre toi non plus hein, fallait y aller quand on s’est arrêtés !... »
Maintenant, on écoute gentiment la dame qui nous dit de tourner à droite ou à gauche, de prendre la 3ème sortie…. On écoute et on suit docilement ce qu’elle dit, on lui fait confiance car après tout, nous, on ne connait pas la route, sinon on ne lui demanderait pas de nous guider, logique.
C’est ainsi que 3 Français qui s’en allait chercher un de leurs compatriotes à l’aéroport ont suivit avec complaisance les indications de la « dame du GPS » et ont eu la « bonne » surprise, alors qu’ils slalomaient entre les nids de poule (même si à ce niveau là, les poules n’avaient plus rien à voir avec les trous en question, on était plus proche du nid d’autruche) de l’entendre dire « Vous êtes arrivés à destination » : autour de la voiture, les chevaux paissant dans des champs à perte de vue n’avaient quant à eux pas l’air d’être au courant de l’imminence de l’atterrissage. Au loin dans le ciel, à l’opposé des 3 co-voitureurs, un avion atterrissait majestueusement sur le tarmac.

Il fallait peut-être voir ici un signe : on ne voulait pas des Français sur le salon. Aussi, quand ce n’est pas Madame GPS, ce sont les aimables responsables des parkings qui essayent de nous perdre avec un petit remake des 12 travaux d’Astérix et de l’épreuve de la maison des fous, remplaçant habilement le laisser-passer A-38 et la circulaire B-35 par des numéros de parkings : « prenez à droite pour le parking 5 », « le parking 5 est complet, il faut continué à gauche puis à droite pour le parking 8 », « vous êtes allés trop loin, le parking 9 est de l’autre côté, maintenant il faut faire demi-tour et prendre la 3ème à gauche pour le parking 3 »,  « s’il vous plait, prenez à droite, direction parking 10 » …. Le parking 10 ! Cette magnifique invention des Allemands pour renvoyer les français et les Belges chez eux sans en avoir l’air. Le parking 10 ! Ou le parking à 15 km du salon, tellement éloigné qu’il faut reprendre l’autoroute pour y accéder. Le parking 10 !... heu « Entschuldigung, französisch », nous on va pas à chaille, on se gare là. L’horodateur ? Hein ? Quel horodateur ? « Entschuldigung, französisch ! »

Chapitre 5 - Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement… et inversement.


Qui n’a jamais eu cette impression de débarquer d’une autre galaxie tandis que le professeur de mathématiques explique avec passion la vectorisation d’une courbe parabolique par factorisation de nombres premiers ? (J’en connais qui étaient déjà perdus à « professeur de mathématiques » !) Ma professeur de mathématiques à moi, en 4ème avait deux expressions favorites : 1) « C’est aussi clair que du jus de chaussettes sales ! » suivie, toujours et sans exception, par 2) « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ! ». On pourrait alors se demander si certains animateurs du salon conçoivent réellement bien les jeux qu’ils sont censés nous expliquer. Nous passerons sur celui qui ne prend pas même pas la peine de remettre le plateau en mode « début de partie » avant de commencer l’explication. Nous n’évoquerons que très peu celui qui commence par expliquer le jeu d’à côté avant de dire que le nôtre sera complètement différent. Nous garderons sous silence celui qui au bout de 4 jours de salon reprend toujours la règle pour vérifier le même point de règle, j’en passe et peut-être des meilleurs. Quoi qu’il en soit, ce qui est vrai dans un sens l’est aussi dans l’autre, à savoir, ce qui s’énonce clairement, se conçoit bien. Il est effectivement avéré qu’une explication dans un langage clair, articulé, audible, agrémentée d’exemple concrets et visuels et donnée par un animateur (ou une animatrice) souriant, aimable et un minimum content d’être là fait 75 % de la réussite du jeu testé sur le salon. C’est ainsi que nous sommes passés à côté de 2-3 jeux, à prendre des jetons d’un côté pour récupérer des boules d’énergie de l’autre, sans trop savoir comment ni pourquoi, l’animateur ayant décidé qu’il avait fait son travail et nous ayant laissées avant même d’avoir pris le soin de sourire. Alors, oui certes, je vous entends déjà dire « les pauvres, ils font ça toutes la journée, ils sont fatigués, c’est très difficile de tenir le rythme, et peut-être que le problème venait des joueuses et non pas de l’animateur !», ce à quoi je répondrai « d’abord, pourquoi forcément, tout de suite, « les joueuses » ? Et puis, nos animateurs préférés à nous, qu’ils soient habillés en jaune ou en noir, ils avaient toujours la force de sourire eux !! Et leurs explications étaient de qualité du début à la fin !! Et toc ! » (= chauvinisme à la française marquant le manque d’arguments)
Reste le problème de la langue. Enfin de la langue parlée par les différents protagonistes : le français est pris à son propre piège. « Moi je suis Français, je parle français !! » Ben oui mais du coup les autres répondent « Ben oui mais ici on est pas en France, nous on est pas français donc va falloir s’adapter »…. C’est d’ailleurs une des questions que je me pose, à savoir, comment se fait-il qu’avec la très grande fréquentation du salon par les visiteurs francophones, il n’y ait pas plus d’animateurs parlant cette douce et belle langue ?
Ainsi, le problème de langue, combiné au bruit ou à la fatigue, rend parfois la compréhension des règles difficile : on se concentre sur le jeu et on ne comprend plus bien ce que dit l’animateur ou alors on se concentre sur ce que dit l’animateur mais de ce fait on ne comprend plus à quoi cela correspond dans le jeu. Et, si vous essayez un jeu le dimanche, vous n’êtes pas non plus à l’abri d’une micro sieste les yeux ouverts : vous étiez là, l’animateur parlait, 10 secondes après vous êtes toujours là … mais il vous manque 3 minutes de règles.

Chapitre 6 – Une table pour 14 !

NB : Pour comprendre ce qui suit il vous faudra quelques mots allemands : Guten Morgen = bon matin, se dit exclusivement le ….. matin (bien, il y en a 3 qui suivent, bravo) et Guten Abend = bonsoir, se dit exclusivement le….soir (bravo, 1er test d’allemand réussi).
NB2 : Pour une meilleur lisibilité, les différents échanges ont été traduits en français.

Ludochon 1 – Il faut réserver le restaurant pour demain, est-ce que tu veux bien le faire ? Nous serons 14.
Ludochon 12 – Oui bien sûr avec plaisir, tu as un numéro de téléphone ?
Ludochon 2 – Tiens tu peux commencer par celui-ci, c’est le plus proche du salon
.
Ludochon 12 (parlant au téléphone) – Guten Abend ! Je voudrais réserver une table pour 14 pour demain soir !
Restaurant 1 – Non, je suis désolé, nous n’avons pas de place pour 14.

Ludochon 12 (parlant au téléphone) – Guten Abend ! Je voudrais réserver une table pour 14 pour demain soir !
Restaurant 2 – Non, je suis désolé, nous n’avons pas de place pour 14.

Ludochon 12 (parlant au téléphone) – Guten Abend ! Je voudrais réserver une table pour 14 pour demain soir !
Restaurant 3 – Non, je suis désolé, nous n’avons pas de place pour 14.

Ludochon 12 (parlant au téléphone) – Guten Abend ! Je voudrais réserver une table pour 14 pour demain soir !
Restaurant 4 – Non, je suis désolé, nous n’avons pas de place pour 14.

………………………………(x24)

Ludochon 12 (parlant au téléphone) – Guten Abend ! Je voudrais réserver une table pour 14 pour demain soir !
Restaurant 25 – Oui on a de la place mais à 21h
Ludochons 3 à 8 – Ha non ben ça fait trop tard, on va faire quoi en attendant…. Non on veut 20h.

……………………………………..(x 3)

Ludochon 12 (parlant au téléphone) au restaurant 29 – Guten Morgen…….. heu Guten Abend ! Je…..

Fou rire général autour de la table, incapacité du Ludochon 12 à continuer la conversation avec le restaurant, gros craquage !

Essen = Manger, nov. 2019

Une soirée normale à Essen quoi !

Chapitre 7 – Au bonheur des …. jeux


Lorsqu’on est une Ludochonne débutante comme moi et que l’on est invité chez un ou une Ludochon(ne) plus expérimenté(e), on est toujours ébahie devant la collection de jeux de notre hôte et on regarde avec admiration ces étagères remplies de boîtes de toutes les tailles et toutes les couleurs. On se dit qu’on n’a jamais vu autant de jeux ailleurs que dans un magasin spécialisé et on ne peut s’empêcher de penser que c’est un peu magique.
Je suis arrivée à Essen avec mes co-voitureurs le mercredi en début d’après midi, et c’est avec impatience que nous nous sommes rendus sur le site du salon pour saluer nos compatriotes et amis déjà arrivés et en train de s’installer sur leurs tables tendues de nappes noires. Après un petit tour de passe-pass’ très français, nous avons pu pénétrer dans le « Messe ». Il est difficile de mettre des mots sur l’émotion de cette première fois, ce moment où l’on quitte un hall d’entrée tout ce qu’il y a de plus classique pour se retrouver, sans transition aucune, dans le hall 1, devant deux allées de largeur moyenne et longées par des mètres de stands présentant déjà des colonnes de boîtes posées parfois à même le sol. Une fois entré dans ce temple du jeu, en prenant par la gauche, le visiteur pourra déambuler entre les stands de jeux à prix réduits voir soldés : à gauche des montagnes de grosses boîtes empilées les unes sur les autres jusqu’à hauteur d’homme ; ici des étagères de 2m50 pleines à craquer d’occasions et de jeux plus vieux que récents ; là-bas les jeux ne rentrant pas tous sur les présentoirs, on a installé des caisses et des raques en métal à côté du stand, dans lesquels il faudrait plonger la tête la première pour avoir une chance d’attraper la boite qui est au fond ; à droite le « Filet » et son videur qui gère la surpopulation à l’intérieur du petit kiosque. En continuant tout droit, le ludovore accède au grand couloir qui mène du hall 1 au hall 3 et qui sera le point de ralliement des Ludochons pour la durée du salon.

Stand, nov. 2019

Arrivé dans le hall 3, c’est une explosion de couleurs et de lumières sous le haut plafond d’où pendent de grandes enseignes aux formes multiples et multicolores: rouges, vertes, bleues, ovales, rectangulaires, cubique… Les yeux et la tête en l’air, le visiteur avance un peu plus et lorsque son regard se pose enfin devant lui, ce n’est qu’une succession de tables rondes, carrées, petites, grandes, en bois, en plastique, de chaises assorties plus ou moins confortables, de parois de séparation des plus simples aux plus recherchées, ici une chambre de pyramide en carton pâte, là une entrée de bunker reconstituée, plus loin ce sont des papillons en origami qui volent au gré des passages et forment un rideau entre les tables.

Stand, nov. 2019

Si l’on va plus avant dans le hall, on commence à voir les jeux être installés sur les tables, les animateurs, qui seront bientôt envahis par les touristes et qui ne sauront plus où donner de la tête, dépunchent pour le moment toutes leurs petites pièces en rigolant entre eux, certains potassent les règles, d’autres déballent encore les cartons de jeux. On court avec la visseuse pour fixer cette lampe qui ne tient pas, tout en slalomant entre les transpalettes et les piles de cartons vides, on fixe au mur les tarifs, on salue les stands voisins, on bavarde en se racontant l’année écoulée.

Stand, nov. 2019

Au fond du hall, une autre grande porte s’ouvre sur ce long couloir appelé « galeria » dans lequel les visiteurs, dès le lendemain, viendront assouvir leur faim et étancher leur soif dans le sens le plus littéral du terme. Les stands de bretzels côtoient les stands de Kebab et de crêpes ; le vendeur de bière fait de l’œil au stand de café ; les odeurs se mélangent et s’entrechoquent ; le gras, le sucre et le sel font face aux jeux pour enfants, aux trampolines géants et aux constructions en Kapla ; c’est là que la marée humaine déferlera dans quelques heures, que les vendeurs d’avions en plastique et de raquettes de tennis pour joueurs solitaires racoleront les passants et que les visiteurs les plus aguerris et connaissant les passages secrets pourront faire la différence en se déplaçant d’un bout à l’autre du salon en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Johannisbeersaftschorle ».

Kapla, nov. 2019

On peut rester encore longtemps comme cela à déambuler dans les allées, d’un hall à l’autre, des grandes enseignes de jeux pour enfants aux stands Warhammer plus sombres, du coin « initiation à la peinture de figurines » aux stands de T-shirts et au coin Coréen, sans réellement s’apercevoir qu’on affiche, depuis 3 halls déjà, ce sourire niais et béat, réaction indépendante de notre volonté et provoquée par l’émotion, seul moyen finalement que l’on a pour exprimer son émerveillement et la satisfaction de pouvoir enfin dire « Je suis à Essen ».

Stand, nov. 2019

Chapitre 8 – Un pour tous et tous pour un.

Cependant, n’allez pas imaginer que tout est rose et facile. Essen, c’est aussi du bruit, de la surpopulation, des odeurs corporelles plus ou moins agréables, une promiscuité des corps dans des allées parfois étroites, des allers-retours incessants, une explosion de votre moyenne journalière de pas effectués, des coups de chaud, des coups de fatigue, de très longues journées, une concentration de chaque instant pour comprendre les autres, les règles, les plans,…. 4 jours de salon c’est éreintant, alors forcément, il y a des petits moments de stress, des décisions prises sous le coup de l’émotion, qui sont regrettées une fois qu’on est rentrés, des achats que l’on aurait pas dû faire, des achats que l’on aurait dû faire et que l’on a pas fait, etc.
Certains stress sont mineurs : un jeu qui s’écoule plus vite que ce que l’on pensait, une occasion qui risque de nous passer sous le nez, une liste qui n’a pas été faite. Ces petits moments là sont facilement résolus et oubliés.

Ludochons, nov. 2019

Il y a des coups de stress plus problématiques qui pourraient conduire vers une réelle situation compliquée : un avion que l’on pensait décoller à 17h30 et qui finalement décollerait à 15h30 alors qu’on est encore au salon à 13h30, ça c’est un coup de stress qui pourrait s’avérer réellement problématique si on ne s’était pas aperçu après 10 minutes d’échanges sur « qui peut m’emmener, j’ai besoin de ma valise, je suis dans la m… » que l’heure indiquée sur le billet est bien 5.35 PM donc 17h et non 15h.

Ludochons (ou presque), nov. 2019

Et puis il y a le vrai coup de stress, la vraie panique, le vrai problème : celui du portefeuille perdu le dimanche à 9h avec à l’intérieur la carte d’identité, rendant impossible le retour en avion à 17h. Ce problème déjà flippant en temps normal est démultiplié par la fatigue emmagasinée pendant 4 jours, par le fait qu’on soit à l’étranger, par la barrière de la langue, par l’éloignement des proches dont on a toujours besoin dans ces moments là. C’est toute l’euphorie et la joie d’être à Essen qui retombe en chape de plomb sur les épaules faisant apparaitre des pensées toutes plus pessimistes les unes que les autres dont le « je ne reviendrai plus à Essen, c’est terminé ».

Ludochonne, nov. 2019

C’est à ce moment que le vrai Ludochon apparait, dans toute sa sollicitude, dans toute sa générosité, son esprit de groupe et son empathie. Un membre est au plus bas et c’est tout le groupe qui se mobilise, qui fait corps et qui s’unit pour venir en aide à celui qui en a besoin. Chacun apporte son aide dans la mesure de ses moyens : untel aide à chercher le portefeuille, l’autre trouve les mots, celui-ci réconforte par une main sur l’épaule, une accolade ou un câlin, ceux-là passent quelques coups de fils, celles-ci prêtent un peu d’argent, ….

Ludochon, nov. 2019

Quelque soit l’aide apportée, ce qui compte n’est pas tant dans le matériel que dans les qualités humaines et dans l’attention portée à celui ou celle dans le besoin, car au fond, que le portefeuille ait été retrouvé ou non, tout ce dont on se souviendra c’est qu’être Ludochon c’est faire partie d’un groupe et qu’on ne laisse pas un Ludochon dans un coin!

Ludochons, nov. 2019

Chapitre 9 – Quand tu n’as pas compris à quoi sert Essen.

Il y a plusieurs types de personnes dans le monde : celles qui savent ce qu’il faut dire et qui savent quand le dire, celles qui savent ce qu’il faut dire mais ne savent pas quand le dire, celles qui ne savent pas ce qu’il faut dire mais savent quand se taire et celle qui ne savent pas ce qu’il faut dire et qui même si elles le savaient ne sauraient pas quand parler ni quand se taire. En fonction des sujets de conversation, on peut se retrouver tour à tour dans à-peu-près toutes les catégories. Le Petit Scarabée du groupe, lui, a découvert que, lorsqu’on parle d’Essen, il fait partie de ces personnes qui ne savent pas quand il serait plus avisé de se taire.

Ludochon, nov. 2019

Pourtant, on pourrait lui reconnaitre un réel pouvoir, quelque chose de magique et quelque peu déroutant, qui surprend et qui laisse les autres dubitatifs. Ce pouvoir consiste, en 1 phrase, à soulever l’indignation d’au moins 1 autre personne autour de la table et d’entrainer par voie de conséquence, le rire général des autres membres attablés.

Ainsi, à 3 reprises lors du petit séjour des « pousseurs de cubes en bois » à Essen, Petit Scarabée a pu tester son pouvoir, particulièrement efficace sur notre Ludochon myrmécologue. Pour ceux qui voudraient les formules magiques, elles sont très simples.

Pour la première formule, répétez après moi : « - Du coup, j’ai testé Mu cet après midi sur le stand Blackrock » ! Vous venez de lancez votre premier sort et vous pouvez voir la réaction immédiate autour de la table : « Quoi ? Non mais tu rigoles ? On vient pas à Essen pour tester un jeu qu’on a au club !! En plus c’est pas comme si tu connaissais pas l’éditeur !! Non mais c’est quoi cette histoire ! » Bravo, première formule magique réussie !

Ne nous arrêtons pas là, vous êtes bien parti, continuons avec la deuxième formule, répétez après moi « -Demain j’aimerais bien tester XXXXX ! » et observez la réaction qui ne manquera pas de suivre instantanément : « Rhaa non mais je t’ai dit qu’on venait pas à Essen tester des jeux français ! C’est Machin qui l’a fait celui-ci en plus, on le voit tout le temps de partout, tu vas pas tester des jeux de chez nous ! » Encore bravo, décidément vous être très bons !!

Ludochonne, nov. 2019

Pour finir, testons notre troisième formule sur une population plus large à savoir l’ensemble du groupe français, animateurs et éditeur confondus. Cette fois, prenez un air ravi et affichez un sourire triomphant en annonçant fièrement: « J’ai trouvé un stand de DVD en allemand, je m’en suis pris 4 du coup ! »… et observez. D’abord, vous verrez de l’incompréhension « hein ? de quoi tu me parles là ? ». Cette incompréhension ferra vite place à de l’incrédulité « Non, ça peut pas être ça, j’ai mal entendu ! » inévitablement suivi par « Non mais ça va pas bien dans ta tête ! Pourquoi tu fais ça ? Qui vient à Essen pour acheter des DVD ? En allemand en plus !! » et enfin le « Non je ne suis pas d’accord, j’ai rien dit pour les jeux français mais là c’est plus possible, faut arrêter de faire n’importe quoi maintenant ! »

Félicitations, vous avez le trio gagnant, à vous de jouer maintenant!!

Chapitre 10 – S’il n’en restait qu’un…


On pourra remettre en question et en doute tout ce que j’ai pu écrire jusque là et c’est bien normal, après tout, les avis sur le sujet sont légion et chacun aura son opinion sur telle ou telle partie du séjour. Cependant, il est certains détails, certains conseils qui m’ont été donnés et sur lesquels on ne peut revenir, qu’on ne peut désapprouver et qui m’ont permis d’apprécier chaque moment. Il y a les conseils matériels comme s’équiper de chaussures confortables car on va beaucoup marcher. « Beaucoup marcher » est un euphémisme, on ne fait que ça, toute la journée, tout le temps, du matin jusqu’après le restaurant le soir. Alors, oui j’ai passé 4 jours dans des chaussures que je ne trouvais pas très jolies, dans des tenues que je n’aurais pas qualifiées de séantes mais qu’est ce que j’étais à l’aise. Et ça mes amis, ça n’a pas de prix lors de tels évènements.
Ensuite, on m’avait conseillé de prendre un stylo et un calepin pour noter quand j’avais un truc en tête ou que je voyais quelque chose. Peut-être qu’avec l’expérience on y arrive, moi mon calepin est resté vierge et je ne sais même pas de quelle couleur était mon stylo dans mon sac, mais j’ai oublié plein de choses.
Un autre conseil était de prendre une petite sacoche, un petit sac pour mettre l’argent et mon téléphone, en plus du sac à dos et des sacs pour les jeux. Ca parait tout bête quand on le lit comme ça, mais en fait, c’est juste LE pragmatisme absolu.
Enfin, « Toujours avoir du liquide sur soi » ça c’est le « conseil-dilemme moral ». Je me suis dit « je ne prends pas trop, je pars avec tant en liquide, ça doit me faire 4 jours, une fois que c’est épuisé, c’est épuisé, je n’achète plus rien, comme ça je respecte mon budget. »……. Non, ben non, ça ne marche pas comme ça dans la vraie vie à Essen. On finit toujours par retirer encore un peu d’argent et inconsciemment on met en pratique ce petit conseil « Toujours avoir du liquide sur soi ».

Tous ces conseils m’ont été donnés comme ils seront donnés à tous les nouveaux qui voudront découvrir Essen. Ne les négligez pas, ne les chassez pas d’un « mouais, bon, ça va je suis grand, je sais me débrouiller ». Prenez-les comme ils sont et comme ils se veulent, une aide et un retour d’expérience utile pour découvrir le salon dans les meilleures conditions.

Mais si je peux me permettre, je vais rajouter ici un conseil que j’ai reçu et qui n’était pas dans la liste de départ, un conseil qui m’a permis de voir les choses un peu différemment et qui m’a permis d’apprécier pleinement cette expérience nouvelle, un conseil qui dit « Profite à ta manière, chaque Essen est différent, vis le tien ! » Alors, peu importe si vous avez une liste ou pas de liste, peu importe si vous connaissez la nationalité des jeux ou si vous ne savez pas qui sont les auteurs, peu importe si vous vous prenez des « 5-4-3-2-1-0 pouf pastèque » parque vous ne savez pas ce qui fait qu’un jeu vaut le détour ou pas, peu importe si vous aimez les dés, les cartes, les couleurs ou les bretzels, peu importe si vous ne parlez ni allemand ni polonais, peu importe que les autres soient déguisés ou plus chargés, peu importe que les autres achètent plus ou achètent moins, peu importe qu’ils n’achètent pas les même jeux ou qu’ils n’aiment pas les jeux que vous achetez, peu importe ce que les autres font, pensent, disent, cherchent, veulent, peu importe les autres et leur enfer. L’important n’est pas de revenir forcément avec les mêmes souvenirs d’Essen que tout le monde, l’important c’est d’avoir les siens, c’est revenir et pouvoir dire avec fierté et bonheur « Ca y’est, je parle Essen ! »

Dimanche, octobre 20 2019

Essen-skam

D'ordinaire en cette période, nous pouvons discerner deux tendances chez les ludochons :

  • ceux qui préparent Essen, et qui outre leurs paquetages réglementaires vont se nantir de plans, listes, coupons de réduction, en vue de de livrer à une débauche ludique. On les reconnaît aisément à un sourire béat (voire un peu niais si on écoute les suivants) et à une propension à s'étonner exagérément sur le fait que 99,96 % de la population européenne reste, elle, tranquillement à la maison.
  • ceux qui se moquent d'Essen. Ils affichent une belle tranquillité, un esprit serein juste perturbé, mais si peu, par les quolibets moqueurs des premiers.


Pour donner un peu plus de visibilité à ces derniers, voilà quelques années que nous nous livrons à une ré-interprétation plus ou moins malhonnête (plutôt franchement malhonnête) du mythe essenien, mais cette année, nous allons carrément tenter de leur coller... (Roulement de tambour)... la honte!

Le Essen-skam

Nos voisins norvégiens ont créé la notion de flygskam, histoire de décourager, pour des motifs écologiques, leurs concitoyens de prendre l'avion sans motif sérieux. Le succès de l'opération étant établi (par une baisse sensible, de l'activité aéroportuaire en Norvège, tant sur le trafic intérieur que sur le trafic longue distance) nous allons faire de même avec nos amis ludochons, en observant Essen du côté du bilan carbone. J'en vois déjà qui commencent à s'en mordre les pinces à meeples!

20191023_Spiel_Essen.jpg, oct. 2019

Le voyage

La première idée qui vient à l'esprit dans ce type d'analyse est bien entendu de s'intéresser au bilan carbone de la translation de nos plus vaillants ludochons; bilan qui dépend bien entendu du moyen de transport choisi.

Curieusement, le plus économe, théoriquement, à savoir le train est assez peu prisé. Maintenant même dans ce cas il faudrait faire une étude plus détaillée et qui dépasse nos compétences puisque l'efficacité dépend du taux de remplissage et du mix énergétique du pays... Si en Allemagne vous prenez le train un jour peu venteux dans un train peu chargé ça risque de ne pas être terrible, dans le cas contraire, vous ne serez pas forcément heureux de faire le voyage avec une famille bavaroise bruyante.
Bref en train votre bilan carbone sera "moins mauvais", mais vous pourriez être tenté de réoccuper la Ruhr!

Passons à la route, là, difficile de ne pas tenir compte du bilan CO2, dans un SUV (parce que vous voulez avoir un peu de place pour les jeux), on arrive déjà à quelques de kilos de CO2 (0.64 tonnes). Maintenant avec le covoiturage, on va partager la charger et la rendre un peu plus supportable... Un peu... Heureusement, vous avez bien lu les données constructeurs et vous êtes surs que votre voiture ne pollue pas!

Pour l'avion, même pas la peine de vous faire un dessin, c'est bien sur tout de suite 0.33 tonnes qu'on peut espérer au mieux par tête de pipe (sachant que là c'est au mieux et qu'il vous faudra un véhicule à l'arrivée).... Et oui ça fait tout de suite quelques centaines de litres de kérozene pour s'envoyer en l'air.. Rappel: facteur d'émission total de 3,04 kg de CO2 par litre de kérosène, et on vous fait grâce du Nox, des suies, et on ne vous parle même pas de la pollution sonore.

Bref, pour arriver à Essen ce n'est pas le célèbre "Beam me up, Scotty" qu'un geek devra prononcer, (car cela ne marche pas, et si cela se trouve en terme de CO2...), mais un plus terne et fumeux "Steam me up, C.O.2"

Les jeux

Les voyages forment peut-être la jeunesse, (enfin ils forment surtout la promesse de lendemain qui "chantent", avec un respirateur), mais une fois sur place on pourrait espérer un peu de repos côté dépense de gaz à effet de serre... Et bien non!

Pour satisfaire la fièvre, qui prend nos joueurs (où l'angoisse qu'ils commencent à manifester à la lecture de cet article), on va leur offrir les dernières nouveautés ludiques et là,... Pas de chance!
Le cargo qui mazoute l'océan indien n'étant pas forcément arrivé, qu'à cela ne tienne on va parfois faire venir une pré-série par avion... Pour le coup, même si vous êtes venus à pied, vous repartirez avec un bilan carbone redoutable.

Pour ce qui est du jeu en lui-même, il y a depuis longtemps des interrogations sur le bilan carbone de ceux-ci, qu'on peut pondérer éventuellement, en le comparant à celui des activités auxquelles ils pourraient se substituer. Néanmoins, dans la fièvre acheteuse qui prend l'Essenien, comment qualifier le bilan carbone d'un jeu qui ne sera joué que deux ou trois fois ?
Pour faire simple, le jeu, qui est plutôt une activité peu émettrice (quoi que pas trop locavore), une fois le coup de production initial amorti, peut le devenir si un jeu n'est pas joué. Si vous venez en avion récupérer une extension pour un jeu que vous n'avez pas (les collectionneurs cela fait ce genre de trucs) et qui est arrivé par avion, vous aurez le droit de gagner le "meeple de goudron" à la fin du salon!

Par grandeur d'âme ,et pour ne pas torturer plus avant celles de nos ludochons déjà en train de se livrer à des exercices de pénitence, nous vous ferons grâce de l'éclairage du lieu, de la climatisation / ventilation, etc...

Le séjour

À ce stade, vous vous dites que vous avez déjà avalé bien des couleuvres carbonées, mais en avez-vous fini ? Et non, car il faut bien vivre, manger dormir et se laver (enfin c'est mieux).

On pourrait se dire que cela ne compte pas vraiment puisqu'on déporte une consommation énergétique qui serait présente par ailleurs. Certes.
Mais curieusement, le ludochon ne va pas venir avec des sandwiches qu'ils auraient préparés avec amour et il va consommer peu de produit 100% locaux sur place... Bref, sa consommation ne sera peut-être pas aussi vertueuse que sa consommation habituelle, sans compter que l'afflux d'une foule nombreuse dans un lieu donné, peut entraîner, par les effets d'échelle des effets néfastes ( dépenses énergétiques supplémentaires, surdimensionnement d'installation etc)...

Bien sûr, il doit sûrement y avoir chez les ludochons des raisons peu avouables d'aimer Essen, le karaoké après la douche à la bière, les ventrées de saucisses au curry, peut-être...
Bref, oubliez Essen !

Plus sérieusement, nous avons fait, comme bien des joueurs pendant des années l'apologie du jeu de société en tant qu'activité sociale, inclusive, transgénérationnelle, à faible coup. Malheureusement, il semblerait que l'accélération du marché du jeu de société puisse également entraîner un consumérisme débridé qui n'aurait pas que des avantages...

À jeudi, lieu habituel, bilan carbone raisonnable !

samedi, novembre 10 2018

Essen 2018 - le compte-rendu de Jean-Jacques

1ère virée ludique en terre allemande

Essen.... Essen... E-SSEN !

Située dans la partie centrale du bassin de la Rhur, elle est la 9ème plus grande ville d'Allemagne par sa population (près de 600 000 habitants) et renommée pour avoir été l'un des plus importants centres de production sidérurgique d'Allemagne, avec à sa barre la famille KRUPP, de père en fils, du début du 19ème au milieu du siècle dernier (dynastie retracée dans le musée attenant à la Villa Hugel, un château situé à Bredeney, aujourd'hui intégré à Essen).

Essen recèle pour centres d'intérêt outre le Musée Folkwang (et sa collection d'art contemporain, l'une des plus importantes d'Europe) le Parc des Expositions, baptisé Messe, hôte d'environ 50 foires commerciales annuelles dont notre Spiel, que seul l'Essen Motor Show parvient à détrôner ! C'est LA destination su-pra ma-gi-que, le Las Vegas pour tout amoureux de jeu sans mise numéraire ! Le Salon du jeu avec un "S" majuscule, de dimension internationale et sans commune mesure, si on banni, sempiternel Esprit "Europe" oblige, son cousin outre-Atlantique, la Gen Con d'Indianapolis.

Ce bastion de pélerinage semble vouloir intimider tout passionné empruntant son accès côté sud en imposant fièrement sa proue recouverte d'écailles en verre, ses 4 tourelles réparties équitablement à babord et à tribord, et sa monumentale passerelle de navigation impossible à masquer.

Porteur de mes doigts et neurones à peine âgé de 22 mois de pratique de jeux stratégiques, j'allais pénétrer religieusement l'enceinte de ce Temple moderne, ce 24 octobre 2018, Jour J-1. A l'instar des Rois Mages, nous étions Zaggus, Raphael et moi, en avance sur les lendemains incessants en flux de visiteurs informés de cette Nouvelle Ludique ! Je me laisse bien sûr guidé par mes comparses avisés pour y rejoindre Coyote (sans amalgame avec l'Enfant Divin !) en empruntant à pied l'accès réservé aux livraisons, au nez et à la barbe d'un service de sécurité "étrangement" inerte dans ce contexte lancinant de risques d'attentat(s) ! Le gros de la délégation ludochonne est encore à l'aéroport de St Exupéry dans l'attente de leur embarquement...

Nous faisons irruption au beau milieu d'une effervescente fourmilière humaine, où chacun s'active à rendre cette fête la plus attractive et réussie possible. Mes papilles gustatives se mettent en branle en décryptant les étals des stands longés (je saliverai item devant un plaisant plat gastronomique !), alimentés par des trésors de tous formats et coloris extraits de cartons, qui une fois évidés, sont jetés sans ménagement à même le sol des allées. En les chevauchant, je fais brièvement un parallèle avec la récente requête de l'Orque pour son fils... Nous nous frayons un passage dans l'incessant brouhaha nourri conjointement par les manoeuvres des transpalettes. Le "I have a dream" devient réalité ! La dimension de l'événement prend littéralement forme sous nos yeux pré-adolescents : les enseignes prestigieuses, les tables de joueurs et les panneaux publicitaires figent cette espace de récréation, comme étant, de notoriété connue, la croisée des chemins des éditeurs/auteurs de jeu et des fervents aficionados. La joute commerciale est engagée et elle est indubitablement SON leitmotiv, en atteste les impressionnantes colonnes de boîtes de jeux en multiples exemplaires, confectionnées ici et là. Pensons, pauvres pêcheurs que nous sommes, à ne pas dépasser l'autorisation de découvert bancaire, parce qu'ici tout est fignoler pour nous tenter et laisser s'exprimer, sans chiffrer pas à pas son coût, notre passion effrénée !

Aux Halls 2 et 1, déjà en quête des bonnes affaires, je repère chez un grossiste "Forum Trajanum" à 40 (au lieu des 50 annoncés chez Huch) et à Galeria, "Carpe Diem" et "Armada" à 24 au lieu des 30 et 34 des éditeurs. Matérialisant évidemment cette économie non négligeable pour ma tirelire, ces premières acquisitions valideront imméditament en consistance mon séjour...
Entre temps, la nouvelle tombe : le 1er vol est annulé pour une fournée de nos membres. Pas de quoi planer incidemment (chouette, les appartements rien que pour nous !), mais nos esprits fertiles et solidaires se prêtent de suite à un calcul de trajet si l'issue salutaire version "autoroutière" venait à poindre. Au bas mot, une arrivée ici, et sans encombre, serait "jouable" pour 1 heure du matin !
Toujours sur place, le coyote me présente "le filet" à faible portée pédestre de Galeria. Bien que rien ne transpire encore des coups à faire dans ce local de 10 mètres sur 4, nous décidons de faire le pied de grue devant l'entrée dès le lendemain pour 9 h (son heure d'ouverture coïncidant avec celles des portes d'accès du public, à 10 h, il faudra donc prendre son potentiel "pied" en patience).

Quittons le repaire des festivités à venir pour assouvir notre appêtit dans la zone commerciale d'Oberhausen. La première épreuve pour moi : "Unlock" la carte des menus rédigé intégralement en allemand, moi qui suis inculte en langue germanique ! La prochaine fois, je me munierai d'un petit dico pour identifier le boeuf, du mouton et du poulet, et autres termes basiques ! Ah oui ! Surtout, sur-tout, n'écoutez pas les conseils de nos pairs ! Je sais, un flic qui dénature la crédibilité de ses "indics", ça la fout mal ! Pourtant, là, j'ai bien senti le piège vaseux d'une certaine salade... sûrement un plat pour petits moineaux, vu les sourires naissants qui marquaient leurs (viles) paroles ! Et puis m...e ! Tant pis pour l'intégrité professionnelle, je balance sous formes d'énigmes les sournois : l'un hurle à la mort sous la lune et le second vient juste après Zig !
Après avoir partagé un festin de viandes et absorbé sans difficulté l'incontournable pinte de bière, nous intégrons l'un des 3 appartements agencés sur plusieurs niveaux d'un même immeuble, face à une supérette, en attente des 8 autres lurons acheminés par voie aérienne... enfin avec succès. Les retrouvailles se déroulent, au cours desquelles je fais connaissance d'une nouvelle tête, Faouzi, puis chacun prend possession de sa literie après quelques échanges courtois ...

Premier jour, et il sera identique aux suivants tant par la fréquentation du site très importante (vacances scolaires simultanées en Allemagne) que par nos réguliers diners à l'extérieur.

Essen est un "Heroquest" grandeur nature où chaque pièce explorée dévoile ses trésors, ses pièges (financiers) mais aussi de vilains orcs prêts à tout... pour s'installer à une table de jeux par exemple. Avec pour seule arme mon sourire, dévalué par ma carence linguistique, je suis bien en peine pour m'imposer... D'ailleurs, je lâche une anecdote qui pourrait mettre à mal le travail de longue haleine de nos successifs dirigeants politiques qui s'évertuent à asseoir une entente fraternelle entre nos 2 pays (ennemis lors d'échaffourées en 1870-71, en 1914-18 et en 1939-45) : la scène se déroule sous les yeux de notre Coyote isérois, dans cet espace confiné surnommé le Filet, un lieu amical de prime abord, prétendument réservé aux bons coups à faire ! Certains y pratiquent un jeu puéril, celui de jouer de la force que procure le nombre face à l'individu esseulé... Mon intérêt s'étant focalisé sur la boîte "Signorie", je me dirige d'un pas décidé vers la caisse de gauche, où la file indienne restreinte est en mouvement perpétuel. Le couple devant moi, la soixantaine et les bras surchargés, se déleste de leur "butin" sur un coin du comptoir, et part s'enquérir de complémentaires provisions de meeples et autres supports. Au bout de 4 voire 5 minutes, je suis harangué par ce même couple. S'exprimant à moi en allemand, mais par gestes et usant d'un ton sans équivoque, je devine qu'il m'accuse de leur avoir chiper leur place ! Je rétorque en anglais en vain, et là, sûrement un adepte de la tactique culte "la tenaille" du sergent-chef Chaudard ("Mais où est donc passé la 7ème compagnie" Robert Lamoureux – 1973), voilà qu'un ressortissant local juste devant moi, vient soutenir verbalement ses compatriotes ! S'ensuit une première légère bousculade et la saisie de MA boîte Signorie (posée au préalable à hauteur de la brune caissière) par le prototype mâle dudit couple précité. Son bras droit dessine dans la foulée un geste circulaire tendant vers l'extérieur comme si son intention impulsive est de la balancer au milieu de la pièce. "Le fou !" me suis-je dit ! Il a néanmoins la présence d'esprit de la conserver et éviter ainsi mon coup frontal à la manière de Lucas, le repris de justice incarné par Depardieu ("Les fugitifs" de Francis Weber – 1986). Lol. Forcé de me décaler pour retrouver la jouissance de l'objet soustrait, un duel de tiraillements s'engage au cours duquel ils resserrent les rangs. L'esprit rebelle étant ma marque de fabrique, j'use de mes bras à l'instar d'un pied de biche pour faire sauter l'entrée verrouillée de leur bunker. Enième bousculade... mais l'objectif fixé est atteint : Signorie revient triomphalement sur la scène du comptoir pour le dernier acte ! La caissière en acceptant ma carte bleue tendue ne cédera pas au chantage verbal que leur adresse ces 3 éduqués à la louche. Cette "prouesse" me vaut de leur part une très longue tirade englobant "franzosischen" qui, je le devine, ne véhicule aucun élan d'amour à mon encontre. Aucun incident diplomatique ultérieur n'est recensé et, que se rassure notre doué joueur Raphael, l'Alsace et la Lorraine resteront françaises !

J'ai usé du terme Orc, sans une once de mépris à l'égard des autres visiteurs, bien sûr. Parmi eux, certains étaient déguisés, d'autres détenteurs d'un contenant (à roulette ou pas, à bretelles comme le "bruxellois") pour y empiler leurs nombreux achats. Les stands ne manquaient pas non plus d'idées pour épicer, optimiser leur temps de présence dans ce parc des expositions. L'un en faisant pavaner leurs hotesses en soubrette (Nelly tu t'en tires bien en ayant un contrat chez un autre éditeur !). Pas d'effet hormonal sur ma personne comme quoi le costume ne fait pas tout ! Lol. Le plus original fut le stand animé par un disc-jockey pour séduire le public et vider leurs stocks de.... Scrabble !

Autre scène de théâtre, elle se joue à l'extérieur sur Alfredstrass, dans le restaurant le Kara-wane, sis à 400 mètres de notre lieu de dévotion. Nous nous rabatons sur ce lieu faisant la part belle à la cuisine libanaise, au vu du nombre que nous sommes et la fréquentation très importante des tables gastronomiques des alentours en ce samedi. Et puis, pourquoi ne pas varier les plaisirs de nos sens ? Ce n'est pas l'épicurien que je suis qui viendrait s'en plaindre ! Les dimensions de la table qui nous est allouée sont réduites et la lumière, de cette petite salle annexe faisant face à l'entrée, tamisée. La commande de bières faite dans la foulée, ma lecture cognitive des 2 hôtes les divise instinctivement en ces termes : l'aimable et le grincheux, le deuxième étant celui démuni de la fibre du contact de la clientèle. Je pressentais venir "la c.... dans le potage", la parodie d'émission de télévision culinaire animée par Yvonne de Brouckère et Pierre-François ! Quoi qu'il en soit, la maigre disparité de nos commandes, à savoir un unique plat pour les affamés du côté gauche (bien m'en a pris de laisser les copains glisser sur la banquette vers le côté opposé) et celle d'une entrée commune pour agrémenter le plat chaud pour ceux de droite, créera la zizanie dans l'organisation de nos instances culinaires. La grimace de l'un et le sourire de l'autre ponctueront invariablement les différents actes de notre soirée jusqu'à ce que l'aigri lunatique débarrasse notre table de tous ses couverts. Le hic, c'est que nos Ludochons de droite n'avaient pas encore été alimentés de leur plat chaud ! Faisant louablement preuve de retenue quant à notre amère surprise commune, le malaise s'installe parmi nous au même titre qu'un ras-le-bol typiquement français, originaires quand même du Pays de la Gastronomie ! Nourri, si je peux m'exprimer de la sorte, d'un sentiment d'abandon, nous restons impassibles... Si J.R. Tolkien est réputé mondialement pour son anneau magique, Suzel l'est, et heureusement que très très localement, pour son majeur phallique. La rime est là, certes, mais son savoir-vivre aussi ! Se maitrisant gestuellement pour exprimer posément et exclusivement son mécontentement dans un anglais un peu approximatif pour désigner fourchettes et couteaux à l'aimable émissaire, choisi (non aléatoirement) par le tenancier, elle l'éconduit alors porteur d'un premier plat, après près d'une heure d'attente. Suzel au centre de nous tous réunis à une seule même table, avec un, voire deux doigts levés vers le ciel, je vous laisse imaginer la Cène ! Nous honorerons des factures de belle amplitude, à la hauteur respective du contenu absorbé, ce soir-là.

Concernant cet évènement attendu avec beaucoup d'impatience et auquel je m'étais préparé (en traduisant notamment un certain nombre de règles), j'avoue avoir exprimé ma déception à l'instant T auprès de l'auditoire local. Avec du recul, ma réflexion porte à croire que j'ai négligé quelques éléments clés propres à Essen. Je les liste pour ceux qui n'ont pas encore foulé ce chaudron.

Points négatifs

  • L'incommensurable quantité de données distillées ici et là en parcourant, sur une période de 4 jours et demi, inlassablement les 80 000 m², à maintes reprises en long et en large. Cette boulimie passionnelle a suscité une saturation, un ras-le-bol tant il y a de stands et exponentiellement de jeux à observer et jauger.
  • L'afflux de visiteurs et l'absence de lieux de repos (présence effective et quotidienne, debout, de 9 h à 19 h) et la très faible quantité de tables de jeux, créant insidieusement une frustration, la mienne. Certains mettent en place le système archaique de la feuille d'inscription posée à 10 h pour résever l'une de leurs tables de jeux pour la journée en cours.
  • La disparité de la mise en valeur des salles : une luminosté qui comble les salles 1 à 3 (grandes enseignes) et la 6 alors que les salles 4 et 5 sont plus opaques. Effets voulus ?
  • L'absence de cohérence dans les thématiques. La salle 6 est l'exception (figurines et plateaux liés – Warhammer etc + plusieurs kickstarters avant l'heure en démonstration).
  • Difficultés liées à la langue et capharneum ambiant. En se cantonnant à l'anglais, il est souvent massacré rendant cruel tout essai de perception des mécanismes et subtilités des jeux. Cas plus rare, Blackout, parfaitement maitrisé mais parlé avec haut débit, j'ai perdu pied à 3 reprises. J'ai laissé ma place... Cas encore extrême, en français cette fois, Raiatea ! Mag, l'Orque, Suzel et moi n'avons pas été informé des critères qui déterminent le vainqueur de la partie...
  • Hors sujet, certes, mais je le range ici. C'est Smeets, une boisson belge (Peer dans le Limburg) que le Coyote a acquis au Luxembourg. Sous ses effets odorants de sirop contre la toux, se cache un ennemi redoutable pour la réflexion ludique lorsqu'elle est consommée en fin de soirée. Raphael et Serge l'ont appris à leurs dépens lorsqu'ils ont voulu m'expliquer les règles d'un jeu simple...

Points positifs

La complexité réside à trouver le juste milieu pour ne pas chavirer ci-dessus.

  • L'abondance des jeux et la possibilité de juger de leur beauté, de leur sophistication, du rapport qualité-prix, des mécanismes...En un mot, repérer, à défaut d'acquérir sur le champ.
  • Les démos et la primauté du public sur une floppée de jeux.
  • Les prix (Galeria, le Filet et les stands grossistes)
  • Les enseignes et la mise en valeur de leurs stands.
  • Les Ludochons hors contexte berjallien et celui estival de Valmeinier. Toutefois, et là réside ma principale erreur c'est d'avoir naviguer en eaux étrangères, seul, en voulant découvrir, jouer. J'aurais du me rallier aux rendez-vous des 15-17 heures pour annihiler quelques unes des difficultés relatées.

A y regarder de près, le bilan penche, pour moi, davantage du côté sombre. Toutefois, avec lucidité, Essen est un évènement incontournable. Bien que piqué dans le feu de l'action par un manque de parties engrangées, j'y retournerai parce qu'Essen est un jeu coopératif qui mérite une revanche.

Sélection de Jeux : note 1 à 5

Ceux essayés et expliqués

Atlantis, island of gods (2) – Catalyst (3) – Dicetopia (trop simple, 2) - Dice Hospital (3, aurait pu avoir + s'il y avait + d'interactivité entre les joueurs) – Gugong (pas accroché) – Papua (jeu sympa avec lancer de dés et combos de cartes) – Raiatea (?) – Realm of sand (4) – Trappist one (jeu de cartes, répétitif, 2)

Ceux expliqués

1906 San Francisco (2) - Bastille (3) – Blackout (4) - Ceylon (3) - Dojima (4) – Franchise (4) - Glory (2) – Kingdom defenders (3) – Magnastorm (4) - Monster lands (4) – Reich busters (kickstarter au 20 novembre, très bon coopératif like zombicide avec de très bonnes idées, 4 voire 5) - The brigade (2)

Ceux cumulant l'aspect beauté du matériel, mécanismes et réactions des joueurs

Coimbra - Concordia Venus - Teotihuacan – Tudor - Underwater cities - Valparaiso

Acquis du côté des nouveautés Essen

Armada, Carpe diem, Dojima, Forum trajanum, Franchise, Realm of sand, Teotihuacan,

- page 1 de 18