Un vieux sujet qui intéresse souvent la communauté ludique est le fameux droit d'auteur pour les créateurs. On en a déjà parlé plusieurs fois et nous n'allons peut-être pas revenir dans le détail sur le sujet. Ce n'est d'ailleurs pas par manque d'intérêt mais par manque de compétences que je préfère rester silencieux (un problème récurrent vous l'aurez compris, l'incompétence pas le silence!)...

En fait, si les auteurs de jeux veulent se rapprocher statutairement des auteurs de livres (par exemple), on pourrait se demander (faut bien trouver un sujet) si la même proximité existe entre leurs oeuvres, à savoir les livres et les jeux. Et puisque la France est un "grand pays de culture" (où un tiers des personnes lit moins de 4 livres par an...), il devrait forcément y avoir des liens forts entre ces deux activités.... Forcément...

En première approche, il nous vient immédiatement à l'esprit quelques noms de jeux pour étayer cette remarque, Vendredi, Sherlock Holmes – Détective Conseil, Ankh-Morpork, Les piliers de la terre, les innombrables déclinaisons du mythe de Cthulhu,... Bref il semblerait que notre thèse puisse tenir la route, mais pourrions-nous vraiment aller au delà de ces quelques cas ?

Sherlock Holmes, détective conseil, août 2012

La licence n'est guère poétique....

En première approche on pourrait se dire que tout succès littéraire récent devrait générer à plus ou moins court terme un jeu. Néanmoins, un des aspects et non des moindres dans le rapport avec le monde des livres est celui de la licence.

Souvent, en effet, pour les oeuvres contemporaines, cette bonne idée doit s'accommoder d'ayants-droits et de licences plus ou moins coûteuses. Or on sait que certaines fondations défendent ainsi les oeuvres avec une férocité digne d'une hyène affamée croisant la route d'une vilain petit canard lui demandant poliment le chemin de la piscine...
Défendre les droits, ce n'est pas forcément une mauvaise chose (c'est ce que veulent les auteurs de jeux), car on pourrait craindre en effet parfois des hybridations un peu étranges, (qui ne rêve d'un monopoly Musso), mais au delà de cet aspect il n'est pas sûr que la licence contribue au succès et peut même pour des raisons de rentabilité nuire à l'éditeur.
Néanmoins quelques oeuvres "récentes" ont passé ce cap, certaines hyènes n'étaient peut-être pas si affamées que cela ou en tout cas qu'elles sont plus ouvertes à l'idée de tenter l'expérience nouvelle de la piscine ! On peut ainsi signaler Le petit prince, Le trône de fer, Sherlock Holmes, Conan, et bien sûr des Harry Potter, etc.

On peut se demander si le lien ou le succès pour certains est plus lié au livre qu'à son adaptation cinématographique ou télévisuelle. C'est sûrement le cas pour un petit prince, c'est nettement plus discutable pour le trône de fer ou pour toutes les oeuvres à base de vampires (Nosferatu,...).
Au delà de cet aspect, les jeux sous licence sont reliés à des ouvrages ne sont au final peut-être pas si nombreux que cela.

Libérés des livrets !.. (honte).

Avant d'aller plus loin, précisons qu'a contrario il peut y avoir un jeu subtil qui consiste à évoquer un univers littéraire sans jamais prononcer son nom que cela soit pour éviter la licence ou non...
Ainsi, des jeux évoquant les mousquetaires peuvent reprendre les codes créés par Alexandre Dumas, sans jamais faire allusion aux trois mousquetaires. On peut se trouver dans des univers ressemblant au seigneur des anneaux, sans qu'il soit jamais fait mention de Sauron (Donjons et Dragons a tiré partie de tous les nombreux livres de Fantasy l'ayant précédé sans s'attacher à aucun d'eux).
On pourrait qualifier de "liber squatting" ce type de comportement et il faut sûrement augmenter le nombre de jeux inspirés d'oeuvres.

Autre exemple, on voit ainsi des oeuvres de déduction qui vont faire apparaître des pipes ou des loupes. L'Égypte peut bénéficier de l'intérêt ancien pour son histoire mais aussi des livres de Christian Jacques.
Notre camarade Yoann a eu l'idée de Myrmes en regardant un reportage, mais pour plusieurs joueurs, le jeu a fait écho aux livres de Werber.

Myrmes, avr. 2014

Cela pose parfois des questions encore plus subtiles, une livre évoquant une période et ayant connu un grand succès peut servir à des joueurs pour se représenter une époque réelle, dans ce cas un jeu basé sur cette période historique est-il inspiré de l'oeuvre ou de l'histoire ?

La Culture c'est l'aventure... Mais ce n'est que trop cela...

Bon, reprenons ce vieux slogan pour faire l'état des lieux, car il faut le constater en fait les livres les plus représentés sont souvent les livres d' "aventures". Jules Verne (Le tour du Monde, Michel Strogoff), Dumas, etc se taillent la part du lion. On peut ajouter en élargissant un peu la catégorie (mythologie, (super-)héros), des jeux comme les chevaliers de la table ronde, ou aussi Blake & Mortimer - Witness, Batman, etc.

L'autre grand vainqueur du transfert, c'est La Fontaine et ses fables largement connues, facilement accessibles et qui fournissent de nombreux thèmes pour les joueurs (jeunes ou moins jeunes).

Mais au delà c'est (un peu) le désert, et au final si on regarde les classements de jeux, ceux qui sont associés à des oeuvres littéraires sont très (très) minoritaires... Si vous rêviez de meeples en forme de madeleine sur fond de grand hôtel de Cabourg, visiblement vous serez triste d'apprendre que Proust n'a pas inspiré grand monde.
Difficile d'adapter Flaubert, certes "Une vie" ne s'y prête guère, mais on doit pouvoir trouver chez Balzac, Zola ou Maupassant, pas mal de trames exploitables.

Au delà des trois mousquetaires, l'épique capitaine Fracasse a l'air bien oublié. L'onirisme sombre de l'écume des jours ne pourrait-il pas se prêter à un jeu. on doit pouvoir trouver chez Corneille et Racine de nombreux héros exploitables. Hugo a le vent en poupe, et ce romantique a bien en stock quelques décors notables (hors de Notre-Dame) !

Shakespeare, juin 2019

Notons donc que si parfois qu'on peut avoir d'étranges surprises comme "Les Guerres Picrocholines" (cet hommage inattendu à Rabelais), la littérature est un champ encore assez inexplorée chez les auteurs de jeux.

NB : rappel toujours pas de ludochons avant au moins septembre....